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Guinée : Quand l’Etat tue et fuit sa responsabilité

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(Lejour.info) - La semaine qui vient de terminer a été marquée par deux évènements. Deux évènements qui nous rappellent pourtant des jours sombres de notre histoire commune.

D’abord, le 22 janvier est la date anniversaire des massacres des citoyens, la plupart des jeunes, au Pont 8 novembre. C’était un lundi en 2007  lorsque la quasi-totalité des habitants de Conakry sont sortis en répondant à l’appel des centrales syndicales du pays pour exprimer leur ras le bol face au pouvoir corrompu de Lansana Conté. Ce dernier étant malade et au soir de sa vie assistait impuissamment à la souffrance de son peuple causé par son entourage le plus proche. Et sa garde présidentielle n’a eu qu’une seule réponse aux revendications du peuple, tirer sur des jeunes aux mains nues, les pourchassant jusqu’au cimetière de Cameroun, située à quelques encablures des lieux. Le bilan exact de ce carnage sera estimé à 200 tués. Le pays connaitra dans les jours à venir des manifestations populaires sans précédent. Leur épilogue aboutit à la formation d’un nouveau gouvernement dit de consensus dirigé par un premier ministre. Mais cet intermède de notre histoire désormais appelé évènements de janvier-février 2007 n’a été qu’une révolution manquée. Sa réussite serait simplement appelé le « printemps noir » par qu’elle n’a rien de différence avec celle que connaitra le Maghreb quatre ans plus tard, si ce n’est qu’en Guinée le vieux Général qui trônait à la tête du pays près d’un quart de siècle aura la latitude de mourir de sa belle mort et bénéficier de tous les honneurs dignes d’un chef d’Etat ayant conduit son peuple à bon port. Un sort que lui aurait, certes, envié le Guide Libyen, Colonel Kadhafi.

Quant au second évènement, il s’agit du 25 janvier qui marque l’An 43 des pendaisons de 85 Guinéens, de toutes catégories confondues par le régime révolutionnaire de Sékou Touré, suite à l’agression portugaise contre la jeune République de Guinée le 22 novembre 1970. Parmi ces pendus, figuraient des meilleurs cadres que le pays a pu produire, en l’occurrence Baldé Ousmane, Magassouba Moriba, Keita Kara, Barry Ibrahima dit Barry III. Ces quatre illustres personnalités avaient fini leur parcours au bout d’une corde à ce même Pont 8 novembre.

L’histoire étant têtue, ces deux tristes évènements ont eu lieu au même endroit avec un intervalle de quatre décennies.

Un cas comme l’autre, le souvenir des tristes évènements n’a jamais préoccupé l’Etat. Le 22 janvier dont les instigateurs sont en encore en vie, n’a fait l’objet d’aucune commémoration. Pourtant ces morts,  qui sont des martyrs pour avoir donné leur sang aux bourreaux de la République,  ont servi de rempart aux plusieurs leaders syndicalistes d’accéder à des hautes fonctions de l’Eta. Tandis que ces manifestations de janvier-février 2007 ont ouvert la voie de notre démocratie récente. Seule la société civile à travers son Conseil national s’est souvenue des victimes du 22 janvier 2007. Bien après les organisations de droits de l’homme qui permettent aux victimes qui vivent encore de se donner un espoir à travers des plaintes formulées contre l’Etat guinéen au près des juridictions supranationales.

Pour ce qui est du 25 janvier, la commémoration de cette date reste l’apanage des parents et victimes regroupées au sein de l’Association des victimes du camp Boiro. Une association qui se bat depuis 1984 pour obtenir justice et réhabilitation avec le seul slogan « plus jamais ça ! ». L’Etat continue de garder son silence face à tous les crimes politiques commis à son nom depuis 55 ans.

A ce niveau aussi, un seul brin d’espoir est la sortie du jeune ministre de Droits de l’homme, Gassama Diaby quand il déclare « Si l’Etat en est coupable, il doit assumer sa responsabilité ». Mais que vaut sa déclaration même si elle vient du fond du cœur ? Bien malin qui le saura.

Ces deux cas illustrent bien le comportement de l’Etat guinéen vis-à-vis de toutes les victimes politiques que ce pays a connues depuis son indépendance. Pourtant ce jour de vérité et de justice doit arriver. Et il arrivera.

Oumar Yacine Bah/Lejour.info