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Anniversaire du massacre du 22 janvier 2007 : la déclaration de Bah Oury 1er vice-président de l’UFDG

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(Lejour.info) - Il y a sept ans, jour pour jour des dizaines de milliers de manifestants dévalent les hauteurs de la banlieue de  Conakry pour se diriger vers la presqu'île de Kaloum, répondant à l'appel du mouvement social guinéen appuyé par l'opposition de l'époque  dont l'UFDG, le RPG et l'UFR. La Guinée était en proie  à une crise sociale et politique sans précédent. Des grèves récurrentes massivement soutenues, une inflation vertigineuse qui avait fragilisé les bases économiques du pays et une mauvaise gouvernance endémique qui avait promu la corruption des élites administratives et leurs réseaux clientélistes avaient ébranlé les bases du régime du Général Lansana Conté. Malgré sa santé vacillante, le Chef de l'Etat guinéen comme à ses habitudes privilégia le recours à la répression pour endiguer le flot des revendications populaires.

Joyeux et pleins d'espoir, les manifestants majoritairement des jeunes parvinrent au Pont Tombo ignorant que la mort les guettait. La "garde présidentielle" sur des véhicules auto-mitrailleurs, charge la foule en tirant sans interruption sur le tas. Des rescapés seront poursuivis et achevés dans le cimetière mitoyen de la Camayenne. Combien de morts, ce jour-là ? Plusieurs observateurs indiquent que le nombre de morts approchait  200  personnes. Peu importe la querelle sur les chiffres mais le massacre a été d'une telle ampleur que dés le lendemain une rumeur infondée, circulait à Conakry pour « dédouaner » les forces de défense et de sécurité guinéennes et pour faire retomber la responsabilité de cette boucherie sur «  des mercenaires venant de la Guinée-Bissau  ».

La barbarie de la répression avait créé un immense choc au niveau de l'opinion nationale et risquait de plonger le pays davantage dans le chaos. Le Général Lansana Conté était contraint par la suite, de lâcher du lest en acceptant sous les auspices de la CEDEAO et du médiateur  le Général Babaguinda du Nigéria, une cohabitation avec un Premier Ministre, Chef de gouvernement qui aura la responsabilité politique de gérer la Guinée.

Depuis lors, la crise perdure

Quel est le chemin parcouru par la société guinéenne depuis lors ? Au Général Lansana Conté  ont succédé, le Capitaine Dadis Camara, le Général Sékouba Konaté et M. Alpha Condé. Mais la Guinée reste toujours marquée par le règne de l'impunité, le triomphe de l'affairisme , le culte de la violence aveugle sur les citoyens, les violations systématiques des droits de l'homme, la négation des fondements d'un Etat de droit et la perpétuation d'une mal-gouvernance chronique. Après sept ans les maux de la Guinée se sont amplifiés et la pauvreté a largement progressé affectant douloureusement prés des deux tiers de la population.

Aussi entretemps, le 22 janvier 2007 a été éclipsé par l'ampleur de l'horreur du massacre du 28 septembre 2009. Les journées macabres des 15-16 et 17 juillet 2013 dans la région de la Guinée-Forestière où plusieurs centaines de nos compatriotes périrent ont montré la montée de la violence dans le pays. Zogota avec sept paysans tués, Gallaye qui a enregistré une trentaine de morts et l'axe Hamdallaye- Cosa-Cimenterie où froidement plus d'une cinquantaine de militants de l'UFDG sont abattus par les forces de l'ordre rappellent que le cycle de violence et de tueries ne cesse d'atteindre des niveaux chaque fois plus inquiétants.

Cette triste réalité indique également, la persistance des crises qui ont fait déferler dans les rues les populations guinéennes en janvier -février 2007. Les différentes transitions politiques qui se sont succédées, n'ont pas réussi, ni même  cherché à trouver des sorties de crise durables pour le pays. Pis, elles ont cherché à "s'empiffrer" accentuant ainsi la mal-gouvernance et la misère. C'est ainsi, sept années après le massacre du Pont Tombo , la Guinée se retrouve dans des conditions similaires à celles qui prévalaient en 2007.

Sept années après, la Guinée se retrouve à la même case

Malgré les sacrifices consentis et le lourd tribut que les jeunes ont payé, les espoirs ne sont pas encore au rendez-vous. Le changement démocratique pour lequel des centaines de personnes ont été broyées par des répressions barbares, n'est pas là. Au contraire la restauration du passé a triomphé. La composition des instances dirigeantes du pays à travers le gouvernement, les institutions nationales notamment le parlement et les administrations publiques est une preuve irréfutable de la continuité entre les différents régimes politiques de la dernière décennie. Ainsi il n'est guère étonnant que les crises guinéennes se soient approfondies car les mêmes causes engendrent les mêmes effets. Mal-gouvernance institutionnalisée, ethno-stratégie décomplexée, culte de la violence assumée et mépris pour la population affirmée, constituent le cocktail explosif de la réalité guinéenne. Le pouvoir d'Alpha Condé est le principal responsable de cette descente aux enfers de la Guinée sans pour autant dissimuler la complicité passive dont il a bénéficiée de la part d'une "certaine opposition politique" qui a capitulé le 3 juillet 2013. En effet les militants tués, d'autres handicapés à vie et d'autres privés de leur liberté ou de leur gagne-pain restent les oubliés de cette mascarade politique de courte vue.

Que faut-il faire pour stopper la descente aux enfers ?

Le régime d'Alpha Condé a montré ses limites. Les guinéens de toutes les régions et de toutes les sensibilités politiques ne se font d'ailleurs aucune illusion. Ils ont compris que cette gouvernance ne fera qu'aggraver les plaies de la Guinée. La courageuse et inattendue réaction des jeunes du RPG le samedi 25 janvier dernier qui ont conspué les dirigeants de leur parti et scandé leur défiance vis-à-vis d'Alpha Condé lui-même ne reflète que l'écume des choses .En réalité la colère est perceptible dans le pays et le désespoir est grandissant. Alors que l'incendie couve dans tout le pays, l'opposition dite parlementaire emboite les pas d'Alpha Condé et est rivée exclusivement sur " l'horizon  2015". Elle a abdiqué ses responsabilités et ne sert que de "vernis démocratique" à la propagande officielle. De la compromission à la trahison, le chemin est hélas ténu.

Devant cette déchéance collective en perspective, c'est un devoir de résister pour sauver les guinéens et la Guinée du chaos. Il est manifeste que le maintien de la gouvernance d'Alpha Condé constitue un danger réel pour la stabilité et la cohésion nationale. La décomposition de la République Centrafricaine et la convalescence agitée du Mali  sont suffisamment expressives pour rappeler que la Guinée  n'est pas aussi à l'abri face à ces tourmentes avec ses cohortes de destruction et de désolation. Aussi, comme en 2007, les forces sociales réorganisées, la société civile rénovée, les  hommes, les femmes de progrès et les jeunes doivent se donner la main pour sauver le pays et parvenir enfin à instaurer le  changement démocratique et la victoire des idéaux de paix, de modernité et de réconciliation nationale. C'est possible et il n'y a aucune autre voie  crédible et réaliste, hormis la mobilisation sociale et civique.

L'opposition extra-parlementaire en gestation s'engage dans cette voie afin d'être en phase avec les attentes et les aspirations de la société guinéenne. La fatalité de la permanence des dictatures en Guinée doit être cette fois-ci définitivement vaincue. Cet engagement permettra d'honorer la mémoire de tous les martyrs de la lutte pour la dignité en attendant qu'un monument national soit érigé pour y graver les noms de toutes les personnes qui sont tombées pour que la démocratie et la liberté éclosent en Guinée.

Les jeunes de Guinée doivent  prendre davantage conscience que leur avenir et celui de la prochaine génération sont entrain de se jouer. Ils ont atteint l'âge de la maturité et sont pétris d'une expérience douloureuse analogue à celle des jeunes de Sowéto sous l'apartheid. Par conséquent ils doivent prendre leur destin en main car ils sont capables collectivement  d'exercer des responsabilités et de les assumer pleinement. Ils doivent le faire pour se donner une chance et sauver ainsi la Guinée. En agissant ainsi, ils auront honoré la mémoire de leurs amis lâchement assassinés au cours de ces sept longues années de deuil et de calvaire.

Pour les morts de la tuerie du pont Tombo le 22 janvier 2007, la Guinée à jamais reconnaissante! Que vos âmes reposent en paix! Vos sacrifices ne sont pas vains!

Rédaction achevée le 28 janvier 2014

DIALLO Saliou
Charge de communication
aupres de Monsieur BAH Oury