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« Audits ! Audits ! » Ce disque est usé M. le Président !

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(Lejour.info) - Du 22 au 26 janvier 2013, le Président Alpha Condé a pris part au Forum de Davos, en Suisse, une rencontre mondiale qui réunit chaque année tout ce que notre planète compte comme éminences du monde  économique. Une occasion pour lui de se faire l’avocat de la transparence de la gestion minière. Ce qui est compréhensible et loisible. Dans la mesure où son pays est un scandale minier. Bien que la Guinée, en dépit de ses immenses potentialités minières, énergétiques, agricoles, touristiques, pour ne citer que ceux-là demeure dans le lot honteux des pays les plus misérables de la planète. Ce qui le fait dire à l’occasion de ses sorties devant la presse étrangère  que « les ressources minières sont une malédiction pour la Guinée ». D’où, selon lui,  la légitimité de son combat contre des accords miniers, pour la plupart mal ficelés entre l’Etat guinéen et les multinationales intéressées par ses richesses de sous sol.

Alpha Condé, durant ses premières années de règne, a fait de la lutte pour l’assainissement de la gestion minière son cheval de bataille. C’est évident. Même si on émet des réserves sur le bien fondé de cette bataille, la façon de la mener, les résultats obtenus, la destination des fonds récoltés. Mais tel n’est pas le sujet de notre analyse.

Car un des points ayant retenu notre attention dans ses propos à Davos est sa déclaration sur ses opposants.

Interrogé par France 24 sur la non entrée de ceux-ci dans son gouvernement, formé à la veuille de son départ pour le pays helvétique, il répond « L’opposition est constituée par des anciens Premiers ministres, qui ont gouverné pendant trente ans; si le pays est là où je l’ai trouvé, c’est bien leur responsabilité… »

D’ailleurs, pour mieux enfoncer le clou, il exprime son regret de n’avoir pas publié les audits sur la gestion passée de ses adversaires politiques dont il semble porter des réserves sur leur statut d’opposants quand il les qualifie «  des prétendus opposants ».  Et il clos ce chapitre en ces termes : «Je ne vois pas comment je vais combattre un régime qui a amené le pays à la catastrophe, et prendre ces éléments dans mon gouvernement; je n’ai pas besoin d’eux dans mon gouvernement. »

Un tel argument tenu devant un journaliste étranger loin de Conakry est beau à entendre pour tous ceux qui ne sont pas imprégnés des réalités guinéennes, ou du moins qui les perçoivent à distance. Sinon, en Guinée, même Toto le sait que les prétendus prédateurs de l’économie guinéenne ne figurent pas  que dans les rangs de l’opposition. Sidya Touré, Cellou Dalein Diallo et Lansana Kouyaté puis qu’il s’agit d’eux, ont été des premiers ministres de Lansana Conté pour une période n’excédant pas trois ans. Bien que son principal opposant, Cellou Dalein Diallo, ait battu le record de longévité  dans un gouvernement. Pour avoir occupé  plusieurs portefeuilles ministériels entre 1996 et 2005.

Notre objectif ici ne vise à défendre personne. Loin s’en faut. A chacun des accusés de le faire, ou du moins à leurs proches de s’arroser ce rôle. Mais en tant qu’un humble observateur, la logique nous amène à porter un regard général sur la vie de la Nation.

Ceci dit, pour tout analyste qui se veut objectif, il n’y a aucune différence entre d’un côté, Sidya Touré, Cellou Dalein Diallo,  Lansana Kouyaté et de l’autre côté, Mamadou Sylla, Fodé Bangoura, Alpha Ibrahima Keira et Madi Kaba si du moins on se tient à leur statut de collaborateur ou proche de Lansana Conté. Ce dernier lot étant tous du camp présidentiel. Même si un décret a récemment éloigné des affaires Fodé Bangoura et Alpha Ibrahima Keira.  Et à ne pas oublier, Ibrahima Kassory Fofana, ancien tout puissant ministre de l’Economie et des Finances entre 1997 et 2000, qui a été au centre des polémiques dans le scandale de Friguia Anaim, et tant d’autres à l’image de Fodé Soumah, ancien vice-gouverneur de la Banque centrale, l’un des co-accusés (son second étant Mamadou Sylla PDG de Futurelec Holding) dans l’affaire de 22 millions de dollars en bons de trésor. D’ailleurs pour rafraichir les mémoires des uns et des autres, il est à rappeler que c’est le cabinet de Kerfala Yansané, actuel ministre des Mines et de la Géologie, mandaté par le premier ministre d’alors Cellou Dalein Diallo,  qui avait réalisé les audits de la Banque centrale pour élucider ce dossier.

Les différentes analyses économiques du feu Dr Mouctar Diabaté publiées entre 2003 et 2004 dans la presse, -des analyses que le Président Alpha Condé doit certainement avoir lues- sont édifiantes puis qu’elles démontraient par a+b comment l’économie guinéenne a dégringolé d’une façon vertigineuse à partir de l’année 2000. Et parallèlement cette chute vertigineuse de notre économique allait au sens inverse de la montée en chandelle du fortuné Mamadou Sylla dont le puissant holding tendait à surplomber l’Etat dans ses aspects économiques.

Quant à la participation de chacun d’eux dans la gestion des biens de l’Etat, certes ils ne seront pas logés dans la même enseigne.

Ce diagnostic mène évidemment à porter l’égard sur la gestion des trois ans du Président Alpha Condé, qui sera forcément conduit à présenter au terme de son mandant au peuple son bilan avant de solliciter à ce dernier un second quinquennat.

C’est dire que les audits sur la gestion des gouvernements passés auraient tout leur pesant d’or s’ils avaient été publiés en 2011. Le faire actuellement serait perçu comme une simple visée électoraliste. Surtout qu’on émet une réserve sur les critères de choix des auteurs de ces audits, ainsi que leur moralité.

L’opinion n’est pas dupe. Le Professeur Président a aussi son bilan à présenter. Sa gouvernance, présentant plusieurs zones d’ombre, vu les multiples scandales financiers enregistrés depuis son avènement tels que l’utilisation des 700 millions de dollars versés par Rio Tinto, les 150 millions accordés à la Guinée par l’Angola, les millions de MTN. A y ajouter l’affaire Palladino portant sur 25 millions de dollars des dettes contractées par le gouvernement en catimini, la gestion des engrais et autres intrants agricoles, le fonds dégagés pour redresser l’Electricité de Guinée, un fonds estimé à 350 millions de dollars pour des résultats médiocres etc.…

Le citoyen lambda ne veut pas seulement connaitre la façon dont ses ressources ont été bradées par ceux qui ont eu la chance de les gérer pendant une période donnée, mais il a surtout besoin de jouir de la vie décente puis que la Nature a créé ces moyens pour lui. Ses besoins sont l’eau, l’électricité, la nourriture, le logement, les réseaux de communication denses et fiables. Il serait bien pour le Président Alpha Condé de capitaliser ces fonds acquis et de les orienter dans la satisfaction de ces besoins. Cela serait mieux pour le peuple et pour lui.

Oumar Yacine Bah/Lejour.info

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