Monday, Apr 24th

Last update08:00:16 AM GMT

You are here

 

Affaire ‘‘Employés versus hôtel Palm Camayenne’’ : « Nous payons convenablement nos employés », dixit Mounir Nasser

Envoyer Imprimer PDF

(Lejour.info) - A l’hôtel Palm Camayenne certains employés ne sont pas contents. Ils menacent de débrayer. Et pour cause, ils se plaignent de ce qu’ils appellent la ‘‘pratique de soustraction » de salaire qui les écumerait à chaque fin de mois. Mis en cause, le responsable des ressources humaines, M. Mounir Nasser livre ici sa part de vérité. Interview.

Le Populaire: Selon nos informations, vous procédez à des réductions de salaire des employés. Quel est votre avis là-dessus ?

Mounir Nasser : Merci d’être venu vers moi. Je dois d’abord vous expliquer le contexte de l’hôtel Camayenne avant de vous parler des conditions. Vous avez dû suivre lorsqu’il a fallu ouvrir l’hôtel Camayenne, on a demandé à ce qu'il y ait un appel à candidature national, qui a été publié à la radio, à la télé, dans les médias. Au palais ça a même créé un mouvement de foule. A l’époque, on avait besoin que de 140 personnes. Mais vu l’engouement que ça a suscité, j’ai demandé aux investisseurs de partir jusqu'à 200 personnes. On a recruté 210 personnes. La base de cet appel à candidature national avait un but qui consistait à faire en sorte que les gens ne pensent pas que nous sommes en train de faire de la ségrégation. J’ai la liste du personnel de l’hôtel. Les gens du ministère du Tourisme, de l’Inspection du travail, des Blancs et moi-même je me suis mis en recul pour une raison bien simple : je voulais éviter aujourd’hui ce genre de problèmes.  Et de ce jour jusqu'aujourd’hui, on a évolué comme ça. Par rapport aux salaires, vous constaterez documents à l’appui que le salaire qui est payé aux employés de l’hôtel Camayenne est supérieur à la moyenne en Guinée. Je travaille plus ou moins avec Riviera et des hôtels de la place. J’ai des contrats de prestation avec eux qui me permettent d’avoir une idée globale de la situation là-bas. Nous faisons en sorte d’avoir des salaires convenables et de bonnes conditions de travail. Pour 123 chambres, nous avons 178 employés à plein temps sans compter les autres employés que sont les chauffeurs, les gardiens et tout le personnel expatrié. Il y a un facteur que vous devez comprendre, la Guinée n’avait pas une main d’œuvre de ce standing d’hôtel de 5 étoiles. Il a fallu faire venir des chefs de départements de niveau international. Aujourd’hui celui qui est le Directeur Général de cet hôtel a dirigé l’un des grands groupes hôteliers au monde. Ensuite, nous avons réussi dans quelques hôtels à débaucher plusieurs professionnels et les faire venir en Guinée.

Nous avons appris que le montant déclaré sur papier n’est pas le montant perçu. Qu'en est-il ?

Je suis contre ce que vous dites parce que ce n’est pas cela. Les employés ont un salaire net qui varie entre 1 et 4 millions. Le Smig (salaire minimum interprofessionnel garanti : 440.000 FG, ndlr) est respecté. Tout le monde est largement au dessus du smig. Tous les principes de base des cotisations sont respectés. Tous les employés ont des primes de transport et de cherté de vie.  La nuance dont vous parlez est la suivante : par exemple Gbamou Timothé a un salaire mensuel net de 1. 595.000 fg en tant que maintenancier. Nous avons voulu faire comprendre que toutes les charges que nous payons au niveau de l’Etat, j’ai demandé à ce que tout soit mis sur leur fiche de paye pour qu’ils sachent qu'en plus des 1. 595.000 fg que nous payons, nous avons 382.000 fg de charge patronale, charge salariale 75.000 fg, le brut total de ça fait 719.000 fg que nous payons en plus pour chaque salarié à l’Etat. Et la particularité ici, c’est que toutes les charges relèvent de l’hôtel.

Comment s’effectue le payement du salaire ?

En espèces.

Justement c’est dans le payement en espèces des salaires que nous avons appris que le salarié ne reçoit pas l’intégralité de son argent…

Si la personne ne reçoit pas la totalité de son salaire, il ne signera pas ici. Impossible. Je suis le patron de la structure. C’est sur leur demande à eux qu'on leur paie leur salaire en liquide sinon l’hôtel a été construit en investissement de 28 millions d’euros, et qu'il y a des crédits nous prévoyant en partenariat avec Ecobank. Nous avons ouvert des comptes pour tout le monde pour des raisons de flexibilité.  Mais les travailleurs disent vouloir leur salaire en liquide. Je ne peux pas aller au-delà de la raison qu'ils évoquent.

N’ y a-t-il pas une société de sous-traitance ?

Il  y a une société de gestion du personnel qui s’appelle GUISSEP. Et cette société m’appartient.

N’avez-vous pas reçu de plainte de vos employés par rapport à la paye ?

La seule plainte que j’ai reçue à l’époque c’était par rapport à l’augmentation des salaires. Les salaires ont été augmentés.

Certains disent que vous avez une couverture du président Alpha Condé ou de son fils ?

Vous êtes en Guinée ça fait longtemps. Pour cet hôtel, j’ai été là depuis la signature de la convention jusqu’aujourd’hui. Vous croyez que si je prenais des manteaux pour dire que je suis ami avec tel ou tel, on va s’asseoir pour parler aisément et que je vais tout vous détailler ?

Vous pouvez le faire pour la clarté de l’information puisqu’au départ vous avez dit que vous ne cachez rien ?

Je n’ai aucune relation d’affaires avec qui que ce soit au pouvoir. Je suis un opérateur économique. Mon travail était de sécuriser ce projet et de faire en sorte que ce projet se termine. Aujourd’hui, je gère la sécurité et les ressources humaines. Je paye ce qu'on me donne à payer. Je n’ai rien à cacher même en ce qui concerne ma moralité. L’hôtel a un DAF qui calcule tout. Nous ne calculons rien. A la fin du mois, tous les employés sont appelés un à un devant le DAF de l’hôtel. Moi je ne suis même pas là.

N’existe-t-il pas de salaires en dessous de 1 million ?

Il n’y en pas. Le payement est fonction de la catégorie et de la fiche de paie.

N’y a-t-il pas de soustractions ?

Lorsque vous parlez de réduction, je ne peux être d’accord avec vous. Les fiches de paye sont très claires. Il y a un salaire brut et un salaire net. J’ai demandé à ce que sur la fiche de paye, tout soit mis pour que les employés comprennent que : voici ce qu'ils ont comme salaire mais voici ce qu'on paie à la caisse nationale de sécurité sociale, aux impôts, au VF, en RTS et ainsi de suite. Dans tout système, c’est ce qui se passe. Les employés savent bien que dans ce qu'on leur paie, il y a des charges. L’Etat demande des impôts par exemple, on paye aussi à la CNSS. A un moment il y a eu certaines choses. Au moment de la première protestation, j’ai été claire avec les employés au moment du chantier. Je leur ai dit que j’ai mandat pour que tout se passe bien ici. Et pour cela, il faut que tout se passe bien. Je leur ai demandé combien vous touchez. Moi je n’aime pas la pagaille dans un travail où il faut faire avancer les choses. L’investissement fait dans cet hôtel est à 100% privé. Quand vous avez un homme avec une aussi grande potentialité pour mettre de l’argent dans ton pays, le premier petit grain de sel, il faut le sécuriser. Il faut faire en sorte qu'il ait envie de remettre de l’argent encore. Ça, c’est ma grande bagarre. Et pour que vous compreniez encore la complexité, une personne peut détourner de l’argent, deux personnes peuvent détourner de l’argent. Mais quand il y a trois, quatre niveaux de contrôle, ils sont quatre à faire le payement plus le DAF de l’hôtel et le responsable des ressources humaines de l’hôtel, moi je n’assiste même pas au paiement.

Avez-vous eu l’occasion de licencier des travailleurs et pourquoi ?

Le dernier licenciement qu'on a fait, c’était Pierre Panival. Je vais vous expliquer. Vous avez un hôtel 5 étoiles. Vous avez des expatriés qui dépassent 16. Vous écrivez une lettre anonyme que vous adressez à la direction avec beaucoup de menaces.  Ce jour-là, le directeur m’a appelé à 7 heures. Il me dit c’est très grave, il y a un problème. J’ai pris ma voiture et je suis venu. J’ai lu la lettre et j’ai mené des investigations pour savoir vraiment qui a écrit ça. Après investigation, ils ont trouvé que c’était Pierre. Je l’ai appelé et je lui ai dit : est-ce que tu te rends compte des conséquences de cette lettre ? Il dit non ! Je lui ai expliqué qu'une lettre anonyme par définition est condamnable. C’est un délit. Ensuite, tu l’adresses à ta direction où tu travailles. C’est un acte de subversion qui est aussi condamnable. Ce jour-là tout le monde était paniqué ici.

Qu'a-t-il écrit dans sa lettre ?

Beaucoup de choses. Je me rappelle vaguement de ce qu'il avait écrit. Ce jour-là, j’ai tenu une réunion avec l’encadrement et je leur ai dit de se calmer. De toute façon, c’est un enfant qui n’a pas d’expérience. Alors, on m’a dit si c’est comme ça, ce n’est pas la peine. Le patron d’ici peut fermer l’hôtel, mais ce n’est pas bon pour nous. Je leur ai dit ne pas envoyer de rapport à Valences. Laissez on va gérer. J’ai appelé Pierre et je lui ai donné des conseils.  Je lui ai dit il y a des petits trucs que tu fais, tu ne connais pas les conséquences car après, ça peut te dépasser. Et je lui ai dit : maintenant je t’ai à l’œil désormais.

Pourquoi a-t-il agit ainsi ?

En fait, il réclamait des choses avec menaces. Lui et moi, on s’est compris. Je lui ai dit : tout ce que tu demandes est prévu. Je lui ai dit, il y a un nouveau directeur qui qui a été débauché pour venir ici. Je lui ai dit patiente, ça va se faire. Mais à la veille du 31 (décembre), il me fait la même chose. Il a fait des affiches où il disait qu'il organisait un show à l’hôtel Waka waka. Et partout où tu passais, tu voyais cette affiche là, partout. On a passé toute la journée à enlever les affiches.

(Dossier à suivre…)

La rédaction