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Mohamed Lamine Yayo, chef de cabinet du ministère de l’Économie et des Finances : « 2014 s’annonce sous de bons auspices en Guinée. »

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(Lejour.info) - Dans cet entretien, le chef de cabinet du ministère de l’Économie et des Finances, Mohamed Lamine Yayo, s’exprime sur certaines questions qui alimentent les débats dans les médias et sur la place publique. Il aborde des questions techniques de finances et l’actualité sociopolitique, notamment la question du budget alloué au Chef de l’État qui défraie encore la chronique. L’entretien…

Vous êtes le chef de cabinet du ministère de l’Économie et des Finances. Aujourd’hui quel est le visage de notre économie ?

Mohamed lamine Yayo : En termes de perspectives, 2014 s’annonce sous de bons auspices en Guinée. À partir de fin 2010, le redressement a été engagé grâce à l’avènement d’un nouveau régime politique sous l’égide du Président Alpha Condé. Nous avons consacré ces trois dernières années au redressement financier et économique du pays. Le point culminant de cette politique a été la remise à plat des turpitudes du passé pour donner espoir au peuple de Guinée qui était impatient parce que la désespérance s’était installée. Si on jette un coup d’œil sur les projections du budget de 2014, on se rend compte que l’économie guinéenne se porte bien et que l’espoir est permis en 2014.

À ne regarder que les chiffres, on dirait que les signaux sont positifs, mais pourquoi ça ne se ressent pas sur le quotidien du citoyen ?


Je ne vois pas le problème sous cet angle. Je dis que le redressement financier et économique engagé dans un pays qui a 55 ans d’indépendance a eu certes aujourd’hui de bons résultats, mais par rapport à ce qu’on pouvait faire, il reste encore du chemin à parcourir. Nous ne pouvons pas parler du présent sans jeter un coup de projecteur sur le passé. Quelle était l’image des finances publiques avant l’avènement du Président Alpha Condé ? Je vais vous résumer certains indicateurs et certaines variables économiques pour que vous ayez un aperçu de l’état de déliquescence généralisée dans lequel le Président Alpha Condé est arrivé au pouvoir. Il vous souviendra que notre pays est sorti d’une longue crise politique avec les coups d’État successifs qui ont entraîné une rupture de nos relations avec les partenaires techniques et financiers, notamment avec la Banque mondiale et le Fond monétaire international. Depuis cette période jusqu’à maintenant la Guinée a toujours eu des programmes intérimaires qui n’ont jamais connu de dénouement. Ces programmes inachevés ont un goût amer et ont fait que la Guinée n’a jamais atteint le point d’achèvement de ce qu’on appelle l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) qui exige certains préalables ou faits déclencheurs, notamment la définition d’un Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP), la définition d’un cadre de micro-finance beaucoup plus approprié et la prise en compte de la couverture médicale et éducative. Bref, toute une panoplie d’actes concrets. Puisque ces faits déclencheurs ont été finalement accomplis sous le Pr Alpha Condé, la communauté internationale s’est engagée à accompagner la Guinée. Donc il fallait donner un quitus à notre pays pour matérialiser la rupture avec le passé, pour dire que le brevet de bonne conduite en matière de finances paye désormais. C’est ainsi que la Guinée à atteint le point d’achèvement de l’initiative PPTE qui a permis l’effacement de 2,1 milliards de dollars sur un stock de dette de 3,1 milliards de dollars.

Parlons à présent des prévisions de l’année. Peut-t-on avoir des précisions sur les tendances ?

Pour le budget 2014, la tendance qui se projette c’est :

- une croissance de 4,5 % contre 2,5 % en 2013 ;

- un taux d’inflation que nous devons ramener à 8,5 %, contre 10,6 % en 2013 ;

- un taux de change moyen de 7 000 FG pour 1 dollar et de 9 000 FG pour un euro ;

- un taux de pression fiscale de l’ordre de 19,6 %, qui est la norme au niveau sous-régional, avec la ZMAO ;

- un niveau de dépenses courantes de 14,8 % du produit intérieur brut et des dépenses en capital de 11,8 % ;

- un accroissement des recettes de 21 % et une augmentation des dépenses de 19,5 %.

Il faut souligner que le budget 2014 en termes de grandeur privilégie l’investissement. Vous savez, le budget est l’expression chiffrée de la politique d’un gouvernement.

En Guinée tous les secteurs sont dans le besoin, donc tous sont prioritaires. Comment votre département apprécie-t-il cette réalité ?

Évidemment, il y a beaucoup d’urgences. Mais dans l’échelle des priorités du gouvernement, l’accent est mis sur le secteur de l’énergie. Dans le budget national de développement, ce secteur a 16,56 % et vient en deuxième position après les dépenses liées au paiement des pensions, à la dette et au financement extérieur. Ensuite viennent l’Éducation (11,67 %), le Développement rural (6,1 %) et l’Administration du territoire (3,41 %), avec la perspective des élections communales et la commémoration de l’Indépendance à Mamou). Et puis vient la Présidence de la République, qui se retrouve seulement avec un ratio de 2,6 % du budget général.

Justement, on a évoqué la somme de plus d’un milliard de francs allouée par jour à la Présidence. Vous ne trouvez pas qu’il y a un paradoxe ?

Ce ne sont que des élucubrations ! Le budget qui est alloué à la Présidence par rapport au ratio ne fait que 2,6 %. Comment avec un tel budget on peut parler d’un milliard par jour ? L’exécution du budget ne se fait pas comme ça ! Ce ne sont que des rumeurs ! Nous avons mis en place depuis 2010 ce qu’on appelle l’exécution du budget à base caisse : on privilégie la rentrée des recettes et ensuite on programme les dépenses, mais en tenant compte des grandeurs que j’ai préalablement expliquées. Si on ne procède pas ainsi, on sera amené à vivre au dessus de nos moyens, c’est-à-dire à utiliser régulièrement ce qu’on appelle la planche à billets. Et la monnaie va se détériorer davantage, on sera en face d’une hausse généralisée des prix, d’une inflation insupportable et d’une désarticulation totale de l’économie. C’est pourquoi il faut donner la priorité aux recettes avant de programmer les dépenses.

Les avancées que vous soulignez sont pourtant remises en cause par de nombreux acteurs politiques, notamment l’ancien Premier ministre Sidya Touré !

Il y a lieu de jeter un coup d’œil sur ce que lui il a fait quand il était aux affaires. Toutes les mesures dérogatoires qui ont été usitées aux finances et qui ont continué jusqu’en 2004 ont été initiées par le gouvernement dirigé par ce Premier ministre. Ces mesures dérogatoires dans l’exécution des dépenses publiques consistaient à refuser de se soumettre aux principes orthodoxes, c’est-à-dire à refuser de faire la distinction dans l’exécution du budget entre la phase administrative et la phase comptable. Cela crée une situation désastreuse : les dépenses sont effectuées sans ordonnancement préalable, c’est-à-dire sans tenir compte de leur caractère objectif, mais en les alignant dans la catégorie des dépenses spéciales, comme pour dire qu’il y a urgence. On les appelait à l’époque les lettres de paiement. Le compte de gestion du Trésor n’est jamais apuré. Il y a un décalage entre les prévisions et la réalisation. Et cela amène l’État vers une cessation de paiements. C’est une lettre de mission qui avait permis à ce Premier ministre d’être aux affaires. Puisqu’il l’a remise en cause par ses pratiques non orthodoxes, il devait rendre le tablier. Le président Conté a dû confier la gestion de l’économie à autre un cadre, qui a fait ses preuves. Sidya Touré devait démissionner mais il a fallu que le président Conté le démette. Il faut dédouaner au passage le général Conté, qui a toujours demandé aux cadres de servir le pays, sachant ses propres limites technocratiques. Si la situation économique est difficile aujourd’hui, c’est le fait de ces anciens déprédateurs. Ils sont mal placés pour donner des leçons de morale, parce qu’ils n’ont pas été des modèles de probité.

Si je comprends bien, vous voulez dire que les difficultés économiques actuelles s’expliquent par la gestion antérieure ?

J’ai dénoncé les mauvaises pratiques en matière de gestion financière, l’usage abusif des procédures dérogatoires. Souvenez-vous aussi que le pays a connu en 2006 et 2007 des convulsions sociales. La sédition populaire a eu comme effet immédiat la proclamation de l’état de siège. Par ailleurs, imaginez le nombre d’unités industrielles que la Guinée avait sous la première République et qui ont été fermées après la mort du premier président. On a mis au chômage d’un seul trait combien de Guinéens ? Combien de familles se sont retrouvées dans une situation déplorable ? Ça c’est le fait des politiques de gestion du passé. Le peuple de Guinée n’est pas amnésique, il sait qui était le président de la commission de liquidation de ces unités industrielles. Cette personne est aujourd’hui le chantre de l’opposition dite républicaine. Toutes les usines ne travaillaient pas à perte. L’usine textile de Sanoyah venait d’être rénovée, l’usine de tabac et d’allumettes, ENTAG, était une référence dans la sous-région. Une kyrielle d’unités industrielles a été bradée par le fait de ces déprédateurs devenus chefs de parti d’opposition.

Comment peut-on alors redresser la situation ?

Une règle d’or voulait que le Chef de l’État, à son arrivée au pouvoir, fasse le point de la situation et ouvre des informations judiciaires à l’encontre de ces vivisecteurs incurables de notre économie pour que le peuple se rende compte de ce qu’il s’est réellement passé. On doit enfin rendre public les rapports d’audit. Et tout de suite l’on se rendra compte que certaines voix qui critiquent la gestion actuelle seront très vite disqualifiées. Les leçons de morale doivent venir d’ailleurs mais pas de ceux qui ont agenouillé notre économie. Regardez le Forum des investisseurs tenu par le gouvernement à Abu Dhabi ! C’est une victoire ! Je ne dis pas que tout est rose aujourd’hui, mais il y a eu des acquis non négligeables en trois ans.


Le premier mandat du Président Alpha Condé arrive presque à terme. Pensez-vous que l’espoir est encore permis ?


Nous sommes optimistes au ministère de l’Économie et des Finances. Les redressements amorcés ont déjà eu des effets positifs, ils doivent être consolidés pour que, d’ici à la fin du quinquennat, les résultats engrangés puissent se répercuter sur le développement du pays. Avec l’appui des bailleurs de fonds et avec une bonne utilisation des ressources endogènes, la pauvrette ambiante baissera considérablement, les variables économiques vont être sur une courbe ascendante, pour le plus grand bonheur des Guinéens. Donc l’espoir est permis.