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L’honneur perdu de Bernard Kouchner (par Alpha Sidoux Barry)

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(Lejour.info) - Médecin de formation, entré en politique sans conviction, Bernard Kouchner est devenu un politicien mû davantage par ses intérêts matériels personnels que par la cause humanitaire derrière laquelle il s’est longtemps abrité.

Depuis quelques années, il a tout simplement tombé le masque pour apparaître sous son vrai visage, celui de l’affairiste qui ne recule pas devant les magouilles et les compromissions pour gagner de l’argent.

Pour lui, la gauche et la droite, c’est pareil. Ministre de différents gouvernements aussi bien de gauche que de droite, il est parti de l’Union des étudiants communistes (UEC) au début des années 1960, pour aller ensuite au Parti socialiste, dont il sera exclu, puis au Parti radical aux côtés de cet autre affairiste, Bernard Tapie, avant d’adhérer à nouveau au Parti socialiste, mû toujours par la recherche d’intérêts matériels. Ce type de transhumance politicienne est bien connu des militants trotskistes, dont certains se retrouvent quelquefois jusque dans l’extrême-droite (les extrêmes ne se rejoignent-ils pas !).

On le surprend aujourd’hui à grenouiller en Guinée. Hier, c’était au Gabon et au Congo-Brazzaville. Avant-hier, en Birmanie, au Kosovo et ailleurs.

Né en 1939 à Avignon dans le sud de la France, de parents juifs, il a commencé par se distinguer dans la cause humanitaire à la fin des années 1960. Il faut rappeler qu’à cette époque, le monde vit les dernières lueurs du feu allumé par la Conférence des pays non-alignés de Bandoeng avec Soekarno, Tito, Nasser et Chou-en-Laï (1955). Soekarno, ce héraut de la grande cause du Tiers monde est renversé en 1965 par les forces réactionnaires indonésiennes, à l’instigation de Lyndon Johnson, alors président des Etats-Unis. Puis ce fut au tour du champion de l’émancipation des peuples africains, l’osagyefo Kwamé N’Krumah, d’être renversé lui aussi, en 1966, par un coup de force commandité par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Le flambeau de la libération des pays dits du Tiers monde est alors repris par le révolutionnaire argentin Ernesto Che Guevara, dans le sillage de Fidel Castro. La Tricontinentale Afrique-Asie-Amérique latine voit le jour. Pendant ce temps, en Europe, les jeunes se morfondent dans le désespoir. Le slogan « No future » (« Il n’y a pas d’avenir ») fait florès. Mai 1968 bouleverse le monde occidental. Pour tenter de donner un sens à leur vie, beaucoup de jeunes s’engagent pour aller aider le Tiers monde. Bernard Kouchner en fait partie.

Par le biais de la Croix Rouge française, Kouchner s’engage au Biafra - où la guerre de sécession, lancée en mai 1967 par le général Odumegwu Ojukwu, déchire le Nigeria -, pour aller soigner les blessés et sauver les orphelins. Quoi de plus louable ? Il n’est pas inutile de rappeler qu’à cette époque, la France du général de Gaulle soutient la sécession du Biafra et, par conséquent, la partition du Nigeria que, fort heureusement, le général Yacubu Gowon réussira à circonvenir, au prix tout de même de 1 million de morts.

De retour en France, Bernard Kouchner participe, au début des années 1970, à la création de Médecins sans frontières (il n’en est pas le fondateur). Il collabore à divers journaux, entre autres des journaux médicaux légués par son père. De quoi arrondir les fins du mois. Et il se fait pas mal d’argent avec les scénarios de la série télévisée « Médecins de nuit ». Il n’y a pas de petit bénéfice. Il s’engage au Vietnam, en 1975, auprès notamment des « Boat people », les Vietnamiens fuyant l’offensive nord-vietnamienne sur des embarcations de fortune. Ce qui le fait connaître auprès du grand public. Cependant, d’éminents membres de Médecins sans frontières, tel Claude Malhuret, n’hésitent pas à dénoncer les « coups spectaculaires » de Bernard Kouchner qui se livre à l’humanitaire spectacle. Kouchner, lui, connaît le but qu’il poursuit : avoir de la notoriété en vue d’une carrière politique. Il quitte Médecins sans frontières en 1980 pour créer Médecins du monde. En 1987, il définit son engagement humanitaire comme suit : « Des années après, j’ai saisi de l’aide humanitaire, j’en faisais d’abord pour moi-même… » Ah… Chassez le naturel, il revient au galop.

En grand manœuvrier de la politique politicienne, Kouchner vole au secours de la victoire de François Mitterrand, à l’élection présidentielle française de 1988. Il en récolte le maroquin de secrétaire d’Etat chargé de l’Insertion sociale. A partir de là, il tentera à trois reprises, sans jamais y parvenir, de se faire élire député à l’Assemblée nationale. Comme quoi, les électeurs ne sont pas dupes. Bien qu’étant désavoué aux législatives de 1988, notre opportuniste garde son maroquin, contrevenant ainsi à la tradition républicaine qui veut qu’un ministre qui échoue aux élections se démet de ses fonctions. Il sera de tous les gouvernements socialistes, quelquefois comme ministre de la Santé, jusqu’en 2002 (avec une parenthèse au titre de représentant de l’ONU au Kosovo, entre 1999 et 2001).

Chemin faisant, il s’est illustré en Somalie, en 1992, devant les caméras de télévision du monde entier avec un sac de riz sur l’épaule. Une pub sans frais est toujours bonne à prendre dans la carrière d’un professionnel de l’opportunisme. On n’oubliera pas que Kouchner a approuvé la réforme de la sécurité sociale du premier ministre de droite, Alain Juppé. On n’oubliera pas non plus qu’en tant que représentant de l’ONU au Kosovo, il a refusé toute coopération avec les enquêteurs du TPI pour l’ex-Yougoslavie, en 2000, concernant un chef mafieux de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK). Refus que dénonça vigoureusement la procureure Carla Del Ponte. Que dire de quelqu’un qui protège un malfaisant, trafiquant de drogue et d’organes humains ?

Dès lors, il n’est pas étonnant que Kouchner ait échoué à deux reprises, en 2006, dans sa candidature à de hauts postes aux Nations Unies, comme Haut-commissaire au HCR et comme Directeur général à l’OMS. On commence à connaître la véritable nature de l’homme, et la Providence veille ! Déjà, le professeur Bernard Debré s’était opposé, en 1993, à sa nomination au poste de professeur de médecine humanitaire à l’hôpital Cochin à Paris. Son compère et complice Condé Alpha a dû, quant à lui, aller en Guinée, où il n’y a aucun contrôle sur les titres universitaires, pour s’attribuer frauduleusement le titre de professeur. Kouchner a même eu l’outrecuidance de vouloir se présenter à l’élection présidentielle française de 2007. Mais, vite rattrapé par les sondages, il a dû s’effacer devant Ségolène Royal. Diable ! Se surestimer, c’est ne pas se connaître soi-même.

Quand quelqu’un de gauche fait des pieds et des mains pour entrer dans un gouvernement de droite, c’est un scandale absolu. En mai 2007, tout en étant membre du Parti socialiste, Kouchner accepte le portefeuille de ministre des Affaires étrangères de Sarkozy. Il est exclu sur-le-champ du PS par son premier secrétaire, François Hollande. Mais notre homme n’en a cure. Les ors, les palais et les limousines de la République lui importent plus que tout au monde. Le voilà contraint, de ce fait, de voter pour la droite aux élections européennes qui ont suivi. Cet homme n’a aucune conviction politique.

Arrêtés et inculpés, en 2009, par le Tchad pour tentative d’enlèvement d’enfants et escroquerie, les membres de l’association Arche de Zoé accusent Kouchner d’être impliqué dans cette sordide affaire. Rien ne peut plus nous étonner de la part de cet homme.

Il n’est en réalité qu’un figurant dans le gouvernement de Sarkozy, les Affaires étrangères étant dirigées directement par la cellule diplomatique de l’Elysée, donc par Sarkozy lui-même. A partir de juillet 2010, Kouchner n’assurera pratiquement plus que l’intérim du secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, démissionnaire. Voilà ce qu’il en coûte de se renier. Mais il profitera tout de même de ce strapontin pour jouer un rôle décisif dans la Transition en Guinée, au courant de 2010, et dans les manipulations politiciennes et électorales qui conduiront son complice Condé Alpha à la magistrature suprême dans notre pays.

Auparavant, Bernard Kouchner s’était tristement illustré dans la collusion avec de grandes sociétés multinationales. Par exemple, avec la multinationale pharmaceutique Pfizer, ce qui relève du conflit d’intérêt notoire.

En 2009, l’écrivain et essayiste Pierre Péan décrit dans un livre intitulé « Le Monde selon K » (aux éditions Fayard) les controverses et les scandales auxquels Bernard Kouchner est lié. Entre autre affaires, on peut noter celle de 2003 dans laquelle il a réalisé un rapport sur « les activités de Total en Birmanie », ce qui a permis à cette société multinationale de se défendre face aux victimes birmanes ayant porté plainte contre elle pour « esclavage et viols ». Dans ce rapport de 19 pages qui lui a rapporté officiellement la modique somme de 25 000 euros, Kouchner affirme notamment que « le recours au travail forcé est une coutume ancienne » dans ce pays. Sans commentaire.

Le plus triste pour Bernard Kouchner est l’épisode de ses activités de conseil auprès des dictateurs africains, notamment auprès de Bongo au Gabon pour une soi-disant réforme de la santé et de la sécurité sociale. De 2004 à 2006, il va naviguer dans les eaux troubles de la Françafrique au pays de Bongo, au nom des sociétés BK Consultants et Imeda. Avec le titre ronflant et creux de consultant international, il commet un rapport intitulé « Système de santé au Gabon : un besoin de solidarité », qui aboutit aux conclusions suivantes : « Après trois mois d’études, il m’apparaît que les efforts de solidarité nationale devraient porter sur les points suivants : - ’’L’organisation gouvernementale de la santé doit être remaniée - L’offre de soin doit être optimisée - La formation, la répartition et la rémunération des personnels de santé doivent être revues - La participation du secteur privé doit être mieux encadrée ’’». Quel génie, ce Kouchner !

Il facture ce chef-d’œuvre, qui ne fait que 15 pages : 2,6 millions d’euros. C’est l’un des rapports d’expert les plus chers au monde : 173 000 euros la page. Le député Arnaud Montebourg, avocat de son état (actuellement ministre du Redressement productif de François Hollande), dénonce avec indignation, dans un communiqué, « une pénible dérive affairiste où l’argent de la Françafrique rémunère grassement le faux idéal de Bernard Kouchner ». Montebourg poursuit : ce rapport « achève de déconsidérer l’intéressé, en confirmant sa préférence pour l’argent et l’affairisme, plutôt que la défense de l’idéal des droits de l’homme ». N’en rajoutons pas.

Après sa nomination comme ministre des Affaires étrangères, Kouchner va continuer de réclamer au Gabon - et l’obtenir - le paiement d’une facture de 817 000 euros pour la société Imeda pour laquelle il travaillait dans ce pays. Bongo va régler, mais va également se venger en le dénonçant à Sarkozy et en obtenant, en 2008, le limogeage du secrétaire d’Etat à la Coopération, Jean-Marie Bockel, après la sortie de celui-ci contre le système de la Françafrique (Sarkozy avait promis d’y mettre fin, ce qui n’était qu’une promesse électorale).

En choisissant la journaliste Christine Ockrent comme compagne dans la vie (après un premier divorce), Bernard Kouchner a trouvé chaussure à son pied. De fait, qui s’assemble se ressemble ! En 1988, cette présentatrice du journal de 20 heures sur la 2ème chaîne de la télévision française a défrayé la chronique par ses exigences salariales, touchant 120 000 FF de l’époque par mois (en plus de 55 000 FF de frais, soit au total l’équivalent de plus de 26 000 euros par mois) qui ont exaspéré ses confrères de tous les médias et qui lui ont valu le sobriquet de « Reine Christine ». Elle n’en restera pas là. Au lendemain de la nomination, en 2007, de son compagnon Kouchner au poste de ministre des Affaires étrangères, Christine Ockrent se voit bombardée directrice de l’Audiovisuel Extérieur de la France (AEF), fonction qu’elle va cumuler avec celles de directrice générale de France 24 et de directrice générale déléguée de RFI. Et l’Occident ne cesse de dénoncer le népotisme en Afrique !

Très désœuvré au ministère des Affaires étrangères où il n’avait pratiquement rien à faire, Bernard Kouchner a eu tout le loisir de s’impliquer fortement dans la Transition en Guinée au courant de l’année 2010. Washington et Paris se sont entendu pour parrainer le général Sékouba Konaté, 2ème vice-président du CNDD, l’organe dirigeant de la junte militaire au pouvoir et l’adouber comme président de la République par intérim, après l’élimination du capitaine Daddis. Tout est en place pour propulser Condé Alpha au pouvoir. Au 1er tour de l’élection présidentielle, le 27 juin 2010, Cellou Dalein réalise 2 fois et ½ le score de Condé Alpha. Entre les deux, il n’y a pas photo. Mais, tout a été prévu pour opérer le plus grand hold up électoral que l’Afrique ait jamais connu. Une nouvelle Constitution avait été taillée de toutes pièces à la mesure de Condé Alpha (on avait fait sauter l’âge limite de candidature fixé initialement à 70 ans, Condé Alpha ayant dépassé cette limite), promulguée sans référendum par un simple décret du président par intérim Sékouba Konaté. Un opérateur technique, la société sud-africaine Waymark, a été introduit sans appel d’offres avec la complicité du président de la Céni, Louncény Camara, à la solde de Condé Alpha, dans l’intervalle entre les deux tours qui a atteint la durée illégale de plus de quatre mois. A noter que cette société avait été désavouée par les Nations Unies, car partout où elle a supervisé des élections, c’est le dictateur sortant ou son fils qui a été élu. Bernard Kouchner a suivi de près tous ces préparatifs (il était présent à Rabat au Maroc au moment où Sékouba Konaté a été désigné président de la République par intérim et il est intervenu pour qu’il en soit ainsi). Sûr de son fait, contrairement à tous les observateurs, il annonce au conseil des ministres français, devant Sarkozy incrédule, que Condé Alpha allait être élu. « Il faut acheter une calculette pour apprendre à compter », lui lance avec mépris Sarkozy.

Dès après son investiture, le 21 décembre 2010, Condé Alpha fait appel à son complice Bernard Kouchner comme conseiller. Le loup est entré dans la bergerie. Pour donner le change aux Guinéens, Kouchner fait reconstruire, dans le quartier de Coronthie à Conakry, la capitale, un centre médico-communal, baptisé de son nom et inauguré le 8 mars 2014. Cela ne fera pas oublier sa complicité de forfaiture électorale et de mise en coupe réglée des richesses guinéennes avec Condé Alpha. Le jour viendra où les Guinéens lui feront rendre gorge.

Alpha Sidoux Barry

Président de Conseil & Communication International (C&CI)