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Pèlerinage de Boffa: Homélie de Mgr Vincent Coulibaly, archevêque de Conakry

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(Lejour.info) - A l'occasion de la Messe de clôture, le 4 mai 2014 du pèlerinage de Boffa, Mgr Vincent Coulibaly, Archevêque de Conakry, a fait son homélie...

Bien chers frères et sœurs dans le Christ,

Nous concluons aujourd’hui notre pèlerinage 2014 à Boffa. Nous portons, depuis le premier jour de ce pèlerinage, les intentions de prière suivantes :

1- Que Dieu, la Divine Miséricorde, protège et soutienne la Guinée dans sa lutte pour l’éradication de l’épidémie de la fièvre hémorragique à virus Ébola. Qu’il accueille toutes les victimes de cette terrible épidémie dans son paradis.

2- Qu’il conduise notre pays sur les nobles chemins de la paix et de la réconciliation pour le bonheur de tous ses enfants.

3- Qu’il assiste notre Eglise, en nous rendant capables d’éduquer et de transmettre la foi, spécialement dans les familles et dans le groupe des jeunes.

En ce haut lieu de la prière, nous avons rendu visite à Marie, Notre Dame de Guinée, puisque nous sommes dans un sanctuaire marial. Nous savons qu’elle n’est pas insensible à nos besoins. C’est pourquoi nous sommes convaincus qu’elle a porté, sur l’autel céleste, toutes les intentions que nous portons pour le bonheur et la prospérité de notre pays, et aussi pour la gloire de Dieu notre Père.

En ce haut lieu de la prière, nous avons marché avec Jésus, le marcheur infatigable. Jésus qui a voulu parcourir les routes de la Palestine, de la Galilée, de la Décapole et du bord du Jourdain. Jésus qui a parcouru le chemin du Golgotha en portant sa Croix. Jésus qui a rejoint les disciples d’Emmaüs, quittant Jérusalem, parce que découragés par la mort de leur Maître. Jésus qui continue encore de rejoindre aujourd’hui chacun d’entre nous pour cheminer avec nous.

Avant de quitter ce haut lieu de la prière pour retrouver nos maisons, nos familles, nos milieux de vie et de travail, que devons-nous retenir comme leçons de vie ? Que devons-nous retenir comme provision pour la route ?

Pour répondre à ces questions, je relève deux éléments qui me semblent importants :

1- La rencontre et la reconnaissance de Jésus Ressuscité
2- L’annonce du Christ ressuscité

1- Le pèlerin doit reconnaître Jésus ressuscité qui le rejoint chaque jour sur la route de la vie. Telle est l’invitation qui nous est adressée dans l’évangile de ce troisième dimanche de Pâques. Pour bien comprendre cette invitation, trois points méritent d’être signalés :

D’abord, le cours de Bible donné brillamment par Jésus lui-même aux disciples d’Emmaüs n’a pas pu ouvrir leurs yeux pour le reconnaître. Ce qui signifie que le cours biblique, quelle que soit sa qualité, n’est rien sans la foi. Le Chrétien ne doit donc pas se limiter à recevoir ou à donner des cours de Bible.

Ensuite, les disciples d’Emmaüs doivent faire un pas de plus en ouvrant leur cœur ; et cela commence par l’hospitalité simple qu’ils offrent à l’Inconnu qui les a rejoints sur la route. Une hospitalité signifiée par ces paroles simples : « Reste avec nous Seigneur ». Autrement dit, viens loger chez nous…tu es le bienvenu à notre table… . Et quand l’Inconnu fut à table avec eux, poursuit l’évangéliste, « il prit du pain, dit la bénédiction, le rompit, et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent, mais il disparut à leur regards ».

Enfin, dans ce récit de l’apparition de Jésus aux disciples d’Emmaüs, nous retrouvons le Schéma de nos eucharisties. Parce qu’il commence par la ‘’liturgie de la Parole’’ et se termine par la ‘’liturgie de la Table’’. Ces deux liturgies constituent pour nous les deux étapes pour rencontrer Jésus vivant. Nous comprenons ainsi le lien inséparable entre l’annonce de la parole de Dieu et la liturgie eucharistique. Là, nous pouvons relever le rôle important de l’homélie dans la célébration de la messe. C’est pourquoi, le Pape François affirme que « l’homélie a une valeur spéciale qui provient de son contexte eucharistique, qui dépasse toutes les catéchèses parce qu’elle est le moment le plus élevé du dialogue entre Dieu et son peuple, avant la communion sacramentelle. L’homélie reprend ce dialogue qui est engagé entre le Seigneur et son peuple. » (Evangile de la joie N° 137) Mais venons-nous à l’heure à la messe dominicale pour ne pas rater le moment précieux de l’écoute et de l’explication des Ecritures ? Sommes-nous assidues à l’écoute de la parole de Dieu dans nos familles, dans nos CCB, et dans nos Paroisses ? Dans la marche de nos communautés, est-ce que nous nous mettons à l’école de Jésus pour qu’il nous explique les Ecritures ?

Le récit des disciples d’Emmaüs, veut enflammer nos cœurs et ouvrir nos yeux pour rencontrer le regard du ressuscité et faire concrètement l’expérience de sa présence a nos côtés, dans nos vies.

Désormais, c’est dans la foi que nous rencontrons Jésus ressuscité. Trois moyens sont à prendre en compte à partir de cette rencontre : la lecture assidue de la Parole de Dieu, l’hospitalité et le service rendu au prochain, et la célébration eucharistique.

Mais comme Cléophas et son compagnon anonyme, nos cœurs sont-ils souvent brûlants en nous quand Jésus nous parle dans les Ecritures ? Nos cœurs sont-ils souvent ouverts quand nous le rencontrons dans le pauvre, le petit, le marginalisé, et le nécessiteux de la communauté, de la famille… ?

Désormais, c’est dans la foi que nous devons chercher à être proche de Jésus ressuscité. Il s’agit d’une proximité quotidienne avec lui. Il s’agit de le rencontrer au point de parvenir à dire avec les disciples d’Emmaüs : ‘’Notre cœur n’était il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures ?’’. Il s’agit de vivre une relation intense avec Jésus, une profonde intimité qui nous conduit à le reconnaître comme notre Seigneur et à dialoguer avec lui.

Cela a une conséquence dans notre vie, qui consiste à nous dépouiller des idoles dans lesquelles nous plaçons notre sécurité. Ces idoles sont entre autre : l’ambition, le carriérisme, l’orgueil, la convoitise, l’utilisation abusive des nouveaux moyens de communication sociale, le goût et la recherche exagérée de l’argent qui conduisent à l’injustice et au mensonge, le fait de nous mettre au centre en écrasant les autres, le fait de porter les talismans ou autres gris-gris qui ne sont que des fabrications humaines, etc… Toutes ces idoles nous empêchent de nous approcher de Jésus et d’entrer dans une profonde intimité avec lui. Nous devons nous dépouiller de nos idoles, même les plus cachées, pour choisir Jésus comme le centre de notre vie.

2-Le pèlerin doit annoncer le Christ ressuscité. Dans l’Evangile de ce jour, après la rencontre et la reconnaisse du Ressuscité, les disciples d’Emmaüs ne restent pas statiques ; ils se mettent tout de suite en route vers Jérusalem en vue de témoigner, raconter leur expérience du Ressuscité,
«ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain ». Aussi, nous avons entendu tout à l’heure dans la première lecture que le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les autres Apôtres, a prit la Parole pour annoncer le Christ ressuscité. Ainsi, nous comprenons bien que les Apôtres, après avoir rencontré et reconnu Jésus Ressuscité l’ont annoncé avec courage et en toute vérité. Ils n’ont pas été freinés ni par le fait d’être flagellé, ni par le fait de subir des outrages ou des emprisonnements. A ceux qui les empêchaient de parler de Jésus ressuscité et d’annoncer son message, ils répondaient : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ».

A la suite des Apôtres, il nous est demandé aujourd’hui de parler de Jésus ressuscité et d’annoncer son message dans nos familles, dans le cercle de ceux qui partagent notre vie quotidienne. Nous devons savoir que la foi qui nait de l’écoute, se raffermit dans l’annonce. « Nous sommes tous des disciples missionnaires », dit le Pape François dans l’Evangile de la joie n° 119. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ Crucifié, mort et Ressuscité.

A la suite des Apôtres, nous devons comprendre que l’annonce passe plus facilement par le témoignage concret de la vie. « Notre monde a plus besoin de témoins que de maîtres », disait le Pape Paul VI. En effet, ce sont nos actions qui font mieux comprendre aux autres les paroles que nous prononçons. Celui qui nous écoute et nous voit vivre, ne doit donc constater aucune incohérence, aucune contradiction, aucune opposition entre ce que nous disons et ce que nous faisons. C’est pourquoi Saint François d’Assise a donné ce précieux conseil à ses frères : ‘’prêchez l’Evangile et, si c’était nécessaire, aussi par les paroles. ‘’ Autrement dit, il leur demandait de prêcher l’Evangile surtout par la vie, le témoignage. Comment ne pas penser ici à ces paroles fortes du Pape François : ‘' L’incohérence entre ce que disent les fidèles et les pasteurs et ce qu’ils font, entre leur parole et leur façon de vivre, mine la crédibilité de l’Eglise’’. Et aux évêques de la conférence épiscopale de Guinée durant leur récente visite Ad limina, le Pape disait : « Les discordes entre chrétiens sont le grand obstacle à l’Evangélisation. Elles favorisent le développement de groupes qui profitent de la pauvreté et de la crédulité des personnes pour leur proposer des solutions faciles, mais illusoires, à leurs problèmes ».

Frères et Sœurs, au terme de ce pèlerinage Boffa 2014, après avoir fait l’expérience de la joie du Ressuscité retournons dans nos familles et dans nos communautés pour vivre et transmettre la foi en Jésus-Christ. Donnons-nous la main, unissons nos énergies pour apporter notre précieuse contribution à la vie de l’Eglise et à la construction d’une Guinée Unie et Prospère. Que Marie, Notre Dame de Guinée nous accompagne sur ce chemin du témoignage Evangélique aujourd’hui et pour les siècles des siècles. Amen !