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Pourquoi les leaders africains doivent-il s'occuper de l’agriculture ?

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(Lejour.info) - C'est triste, mais la réalité est que la majorité des 800 millions de personnes, durement touchées par la faim dans le monde, se trouve en Afrique. Les raisons de la faim en Afrique sont nombreuses. La liste serait incomplète si l’on ne tenait compte de l'incapacité des dirigeants africains à tenir leur promesse prise en 2003 d’accroître le soutien aux femmes opérant dans l'agriculture vivrière, car elles assurent vraiment l’essentiel de l'agriculture sur le continent.

Il y a onze ans à Maputo, les dirigeants africains se sont engagés à consacrer 10% de leurs budgets nationaux pour relancer l'agriculture. De plus, 2014 a été proclamée année de l'agriculture et de la sécurité alimentaire. Mais en regardant l’incapacité à honorer une promesse faite il y a plus d'une décennie, l'objectif 2014 est un vain mot.

Il est triste de constater que les dirigeants africains assistent à des conférences, analysent les problèmes du continent, puis font des déclarations et des engagements politiques, alors que des décennies plus tard, rien ne change. En termes plus simples, cela signifie que la faim persistera en Afrique plus longtemps que les Africains affamés peuvent l’imaginer. Ce ne sont pas des paroles en l’air, les faits sont partout pour le corroborer. Seulement neuf pays ont rempli l'engagement pris à Maputo, alors que des pays comme le Burundi, le Ghana, le Kenya, le Rwanda, l'Ouganda, le Nigeria et la Zambie n'ont jamais respecté l'engagement de 10% de soutien à l'agriculture.

ActionAid a récemment mis en garde les gouvernements africains, prévenant que si ces derniers ne canalisaient pas plus de fonds vers l'agriculture, et ne vérifiaient pas leur véritable affectation aux petits agriculteurs en particulier, la faim continuerait à augmenter. Des experts avaient affirmé, d’une seule voix, que si les femmes avaient un accès égal aux semences et à la terre par rapport aux hommes, la faim serait réduite de 17,5 % dans le monde. Cela signifie que 140 millions d’individus vont cesser d'aller au lit affamés. C'est l’équivalent de la population du Nigeria, Lagos non compris.

Mis à part la mauvaise volonté des dirigeants africains, les catastrophes naturelles contribuent aussi par une part importante à la crise alimentaire en Afrique. Entre 1983 et 1985, environ 400.000 personnes ont été tuées dans le nord de l'Ethiopie à cause de la famine, qui a été en grande partie attribuée à la sécheresse et au climat hostile. Nous savons tous aujourd'hui que les questions climatiques sont de plus en plus inquiétante à l'échelle mondiale, et leurs effets sur l'agriculture peuvent être dévastateurs.

Le manque d'infrastructures dans de nombreux pays africains a un effet notable sur l'agriculture, contribuant ainsi à la crise alimentaire. Tout pays ayant des infrastructures pauvres, en payera toujours le prix de plusieurs manières. Le médiocre état des routes, les mauvaises conditions de stockage et la météo, se conjuguent pour détruire un quart des cultures vivrières en Afrique. Cela semble incroyable pour un continent fortement en proie à la crise alimentaire. Il a été dûment estimé que l'Afrique jette par la fenêtre 4 milliards de dollars de grains en raison de ce que les experts appellent des pertes post-récolte. C'est énorme! Il ne faut pas seulement y voir beaucoup d’argent perdu, mais aussi beaucoup de nourriture qui n’atterrira pas dans les bols d'enfants et de femmes affamés dans plusieurs régions d'Afrique.

Ce continent aime gaspiller! 25 à 40% de la nourriture produite en Afrique ne parvient pas aux gens, essentiellement en raison du mauvais état des routes, du transport et bien sûr du mauvais stockage. Plus encore on peut affirmer que la lutte contre les pertes post-récolte pourrait presque totalement résoudre la crise alimentaire en Afrique. Pour illustrer ce point, rappelons que les experts ont révélé que 4 milliards de dollars de nourriture sont perdus chaque année, soit exactement le montant de la facture que paye l'ensemble de l'Afrique subsaharienne pour importer des céréales  chaque année.

Par conséquent, le problème de la faim en Afrique ne réside pas seulement en l'augmentation de la production alimentaire. Car à quoi bon sert d’augmenter la récolte si 25 à 40% risquent de périr sur la route ; si des maladies ravagent une grande part de la récolte en raison de la défaillance des installations de traitement ?

L’essentiel de l’effort destiné à la résolution de la faim et de la crise alimentaire devrait être axé sur le développement de l'infrastructure, afin que la récolte puisse quitter la ferme et être acheminée en bon état jusqu’au marché. De bonnes routes auront toujours un effet d'entraînement sur toute l'économie. C'est triste de constater que dans la plupart des régions d'Afrique, il y a peu d'infrastructures dans le domaine de la conservation et la transformation post-récolte. Et c'est la principale raison pour laquelle plusieurs personnes iront se coucher ce soir le ventre vide. Il est temps de cesser de gaspiller cette nourriture!

Lanre Olagunju

Article publié en collaboration avec Libre Afrique