Monday, May 29th

Last update10:00:00 PM GMT

You are here

 

Environnement, quand tu nous tiens !

Envoyer Imprimer PDF

(Lejour.info) - Eh oui, la question environnementale est dans l’air du temps ! Et c’est bien. Notre confort de


vie, ou tout simplement notre être-au-monde, en dépend. En Guinée, le sujet est plus que préoccupant. Dans certains endroits, on vit comme des cochons. Jusque dans les hameaux, les routes en terre, parcourues à toute vitesse par une kyrielle de véhicules – motos, voitures et camions –, dégagent sans cesse une poussière que les vents dispersent sur la contrée. On en bouffe autant que du riz. Dans le pays profond, pas question d’être tiré à quatre épingles, l’élégance vestimentaire est proscrite.  Les petits cireurs de chaussures ne peuvent y trouver le petit capital de départ tant rêvé ; ils se ruent sur la capitale où l’existence de routes bitumées procure de la clientèle et promet des lendemains qui chantent.

On parle beaucoup plus de Boké pour évoquer cette poussière qui n’en finit pas. Parfois de Kindia ou Siguiri. L’activité minière, c’est le bien et le mal. Comme tant d’autres progrès de l’humanité. On commence à prendre conscience de la question environnementale, on redoute les dérèglements climatiques, on s’alarme de la précarité des écosystèmes dans le pays. C’est très bien.

Que dire de la capitale Conakry ? Dans le centre-ville, des miasmes fétides s’exhalent des quartiers populaires, on patauge dans les eaux souillées pour aller manger des haricots à côté de déchets puants entassés sur le trottoir. Le choléra fait rage, il tue 3 000 personnes chaque année. La grande déchèterie située dans les faubourgs est devenue, avec le temps, une calamité naturelle. Elle n’a pas sa pareille au monde. Mille tonnes de déchets y sont déversées quotidiennement. Ils ne sont ni compactés ni traités ni compostés. Ils s’entassent et s’étalent. Les disetteux grimpent dessus par centaines à la recherche de quelques objets vendables pour une bouchée de riz. Ils inhalent tous les jours une nuée de microbes délétères et ne font pas de vieux os. Mais ce n’est pas bien grave, c’est la sélection naturelle !

Quid des sociétés minières ?

La Guinée étant un pays minier, intéressons-nous à une société minière que la presse oublie quelque peu. La CBK, par exemple.

L’activité minière de la CBK, appartenant à la compagnie RusAl, dépose depuis 40 ans des poussières éternelles à Débélé et Balaya, dans la préfecture de Kindia. Elle transporte sa bauxite par train, donc sans aucune pollution. C’est parfait. Mais à son port, à Conakry, c’est la catastrophe. La bauxite est déversée sur les convoyeurs et broyée avant son chargement. L’opération répand tous les jours un épais tapis de poussière rouge sur les alentours. La brise marine se charge d’en transporter sur la ville. Vive la silicose. De fines particules d’alumine se déposent sur les voitures garées dans la rue et à l’intérieur des maisons d’Almamya et Manquepas. On en respire d’autant plus dangereusement que l’on ne s’en rend pas compte. Le danger s’est cependant estompé avec la fermeture de l’usine.

Mais ce n’est pas grave si la pollution causée par RusAl a lieu en pleine capitale où vivent 3 millions d’âmes. Le scandale c’est la pollution produite à Boké par une société tête de Turc.

Et puis, elle est gentille la compagnie RusAl. Elle ne publie pas ce qu’elle paie, depuis 40 ans sa production déclarée n’est que de 3 millions de tonnes par an – on se demande ce que cette misère lui rapporte – et, cerise sur le gâteau, elle n’a toujours pas construit son siège, comme le veut le code minier. Son siège, c’est l’État qui l’a construit. À la Cité des Nations. Vive l’amitié des peuples ! Ils sont forts, nos amis de RusAl.

À la CBK, l’arbitraire et la tyrannie sont la loi. On licencie pour un oui ou pour un non, même quand  l’infraction ou l’accident est imputable à la hiérarchie. Une fois licencié sans règlement aucun, aux ressources humaines on dit au pauvre ouvrier : « Il faut bien que quelqu’un endosse la responsabilité, en l’occurrence toi, car si la grande direction à Moscou l’apprenait, toute la direction guinéenne sera virée sur-le-champ. » Et du balai !

Une Guinéenne dure comme du bois trône aux RH, bien qu’étant adjointe. C’est une interface commode pour le sale boulot.  En récompense, sa fille s’occupe de tout ce qui est relations avec la Caisse nationale de sécurité sociale. Son garçon plastronne à la mine de Débélé. On se beurre la tartine en famille, mais ce n’est surtout pas par népotisme.

Et puis, pour une grève légale, RusAl a fermé l’usine d’alumine et plongé dans la misère toute la population de Fria après l’avoir abreuvée d’eau rougeâtre au robinet. Fria est une ville sinistrée depuis cinq ans. Au bord de la Volga, on ne conteste pas l’autorité. Sinon on vous châtie avec des verges et des scorpions.

Les langues commencent à se délier parmi les syndicalistes. La compagnie RusAl a racheté l’usine à 18 millions de dollars – un dixième de son prix, au bas mot. Vous imaginez bien qu’elle a vite amorti. Alors, il fallait se soustraire à ses obligations contractuelles, et notamment la modernisation de cette usine héritée de l’époque coloniale. Une grève, et le prétexte a été vite trouvé pour s’esbigner.

Néanmoins, RusAl il est bon, RusAl il est gentil. Pas un mot dans la presse sur ses stratagèmes avec l’État, sur ses dégâts environnementaux, sur son cynisme envers les travailleurs de Friguia et les citoyens de la belle cité Fria entièrement dépendante de l’usine – car c’est l’usine qui a créé la ville, et non le contraire.

Blackout surtout sur la férule que RusAl exerce sur le personnel subalterne guinéen aux mines de Débélé et Balaya, sans autre forme de procès. Mais on y pourvoira bientôt. Parole de scout !

Brichèle D.

Enregistrer