Dans un contexte où l’application rigoureuse du droit pénal est entravée par des incompréhensions administratives, le procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Kankan, Marwane Baldé, a pris une initiative majeure pour renforcer les capacités des officiers de police judiciaire (OPJ). Lors d’une session de formation organisée à l’intention des acteurs de la chaîne pénale, il a mis un accent particulier sur l’obligation des OPJ de rendre compte directement au procureur, conformément aux dispositions légales en vigueur.
Une obligation légale souvent entravée
L’un des points cruciaux abordés lors de cette formation est l’impératif, pour les OPJ, de signaler en premier lieu au procureur de la République toute infraction portée à leur connaissance. Cette obligation, clairement stipulée dans le Code de procédure pénale, est pourtant mal perçue dans certains milieux administratifs.
En effet, il a été constaté que certains responsables hiérarchiques des OPJ, notamment au sein de la police et de la gendarmerie, tentent d’imposer leur propre autorité en exigeant que les informations leur soient d’abord transmises, au mépris des textes de loi. Dans certains cas, des OPJ ont même été victimes de pressions, de menaces de mutation et de sanctions disciplinaires pour avoir simplement respecté leur devoir légal.
Marwane Baldé a dénoncé avec fermeté ces pratiques et rappelé que toute entrave à l’application du Code de procédure pénale expose les contrevenants à des sanctions disciplinaires, voire à des poursuites pénales.
« Dans la chaîne pénale, les OPJ de la police nationale et de la gendarmerie nationale sont tenus de rendre compte prioritairement au procureur de la République. Ce principe n’est pas négociable, et toute tentative de le contourner constitue une violation flagrante de la loi », a-t-il martelé devant une audience attentive.
Un plaidoyer en faveur des OPJ
Face à la récurrence de ces entraves, le parquet de Kankan a entrepris un plaidoyer auprès des autorités administratives et hiérarchiques des OPJ pour garantir l’indépendance de ces derniers dans l’exercice de leur mission régalienne.
Le procureur Baldé a mis en lumière la difficulté pour de nombreux OPJ d’exécuter leur mission en toute sérénité, alors qu’ils sont parfois victimes d’intimidations venant de leur propre hiérarchie administrative.
« Il est inacceptable que des OPJ soient persécutés ou menacés de mutation pour avoir simplement respecté les lois de la République. Ces formations doivent être multipliées afin de sensibiliser toutes les parties prenantes et faire comprendre que toute entrave à la hiérarchie judiciaire constitue une faute grave », a-t-il insisté.
Cette intervention vise à rétablir une compréhension claire du rôle de chacun dans la chaîne pénale : les OPJ sont des auxiliaires de justice, et leur seule hiérarchie judiciaire est le procureur de la République.
Une démarche pour renforcer l’efficacité judiciaire
L’initiative du parquet de Kankan s’inscrit dans une démarche plus large de professionnalisation des acteurs judiciaires et de consolidation de l’État de droit. En garantissant le respect strict de la procédure, Marwane Baldé ambitionne de rendre la justice plus efficace, plus rapide et plus transparente.
Pour ce faire, il appelle non seulement à la multiplication des formations pour les OPJ, mais aussi à une implication accrue des autorités administratives afin d’éviter les conflits de compétence et les abus d’autorité.
« Nous devons tous travailler ensemble pour renforcer notre système judiciaire. Les OPJ ont un rôle fondamental dans la répression des infractions et doivent pouvoir exercer leurs fonctions sans interférence illégale », a-t-i renchéri.
Cette initiative marque une avancée majeure pour la justice à Kankan, où le respect des textes de loi et la protection des OPJ deviennent des priorités absolues. Avec un cadre judiciaire mieux structuré et des acteurs mieux formés, l’application de la loi pourra se faire avec plus de rigueur, au bénéfice de tous les citoyens.
Par Sambégou Diallo